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Mis en ligne le 3 décembre 2005

Gestion ethnique de la laïcité

A propos de le loi sur le voile
Laïcité & islamophobie

Contrairement à ce que je peux lire ici où là, la lutte contre le racisme n’est pas « le leitmotiv des derniers gouvernements ». Lamentablement, certaines structures se mettent en place (Codac, Gled, la nouvelle autorité de lutte contre les discriminations, ...) mais elles ne servent que d’alibi à un système « racialiste », elles ne reflètent que partiellement la mauvaise conscience d’une société qui refuse de faire une véritable introspection sur sa vision du monde et sa vision de l’Autre, qui refuse de s’interroger sur son passé colonial.

Le racisme structurant, profondément enraciné dans notre société, n’est jamais abordé par ces organismes qui ne pensent le racisme que comme un phénomène marginal, ne touchant que quelques personnes « pathologiquement » hostiles à la différence.

Comme je l’ai déjà écrit concernant la loi votée, il ne s’agit en aucun cas à mes yeux d’une loi sur la laïcité, mais d’une loi contre le voile, qui de ce fait stigmatise une population, les musulmans. J’appelle de mes vœux une loi sur la laïcité qui aurait le mérite d’interdire tous les signes religieux de l’école publique (Bien qu’elle ne me semblait pas forcément nécessaire, elle l’est devenue suite au pseudo « débat » médiatique...) : C’est la raison pour laquelle on peut parler aujourd’hui de « gestion ethnique » de la laïcité (Rappelons que dans certains département français de l’Est les cours religieux sont obligatoires dans l’enseignement public). Il faut croire que Chirac (proche de la fondation Lejeune, ect...) ne pouvait prendre une mesure aussi radicale, seule véritablement laïque et devenue salutaire vu la polémique médiatiquement construite mais qui aurait fait se dresser contre lui tout ce que la France compte de culs-bénis, soit une importante partie de son électorat. D’ailleurs, le contribuable français payait encore en fin d’année dernière un voyage à Bernadette au Vatican ...

" Il es d’ailleurs curieux de s’émerveiller du fait que les églises sont moins pleines qu’au moyen âge, alors qu’il y aurait plutôt lieu de s’étonner que, partout en Europe, on dise encore des messes ! "

Ce qui s’est joué et se joue encore sur la scène française se situe à un autre niveau : L’Islam (religion par bien des aspects rétrograde et barbare) est, on en conviendra tous, le nouvel éventail utilisé par la chrétienté pour souder autour d’elle l’occident. Elle se permet ainsi d’apparaître tolérante. Elle se veut le ciment culturel de l’Europe. Il me semble que le véritable danger se trouve dans cette reconquête d’une légitimité de l’église dans nos états. La théorie du « choc des civilisations », dans laquelle ces dernières sont définies sur des critères autant culturels que religieux, a pour conséquence (fonction ?) de légitimer les religions dominantes dans leurs fiefs respectifs (et fait le jeu de tous les intégrismes, juif, chrétien et musulman [1]).

Fantasmer un islam qui serait en train de conquérir l’Occident alors que celui-ci recolonise militairement en ce moment même certaines nations arabes (Irak, ...) me semble plus que contre productif : C’est encore une fois abonder dans le sens du « choc des civilisations » cher aux stratèges (fondamentalistes religieux) de la maison blanche. Une partition de l’humanité sur des critères religieux est aussi mortelle à mon sens que celle qui repose sur un système racial ou « culturaliste » : L’ouvrier de la Meuse à plus à gagner à s’allier avec son homologue tunisien qu’avec le baron Seillère...

On n’a nullement besoin des mises en exergue de certaines pratiques (au Nigeria ou en Iran) pour se faire une idée de ce que peut faire la religion dans des pays où elle fait loi (la lecture du livre de Gouteux [2] ou du livre de Oudin [3], est suffisante). « La foi permet tout. » Mein Kampf est truffé de références à Dieu et le dernier génocide du XXeme siècle (génocide des Tutsi rwandais) a été planifié dans un pays qui était une sorte d’annexe du Vatican en Afrique (sur l’implication de l’église dans le génocide, lire Golias magasine ou le site iSo mEtRic)...

Le véritable péril religieux en France se manifeste aujourd’hui dans ce regain de légitimité de l’église traditionnelle dans notre pays, l’église chrétienne. En un sens, le consensus pro-religieux a laissé la place sur la scène médiatique à un consensus « pro-chrétien anti-musulman ».

Dans certains états américains le créationnisme est la doctrine de référence, en France on en est à l’enseignement du fait religieux... Attaqués pour leur appartenance religieuse, qui n’est plus représentée ici que sous l’angle des agissements des extrémistes iraniens ou afghans, certains musulmans, à défaut de saisir les chances que leur procure la République ( ?!) pour dissocier le culturel du religieux dans leur héritage parental, sont enclins à se réfugier dans leur foi, voir à la « durcir », à se mettre à en appliquer les concepts les plus rétrogrades. De plus les discriminations vécues et le racisme ambiant ne sont pas propice à les soustraire aux tentations communautaristes savamment orchestrées par les prosélytes islamiques de banlieue ou d’ailleurs.

Cette mise en scène médiatique du combat laïc lorsqu’il est partiel et partial ne fait à mon avis que renforcer les fondamentalistes islamistes et autres manipulateurs de foules communautaristes qui peuvent avec raison mettre en avant les coups qui leurs sont portés, à eux seuls : Il est alors facile d’amalgamer discrimination « raciale » et religieuse. La lutte contre les discriminations peut ainsi se retourner en prosélytisme musulman...

Le seul combat laïc à mon sens est le combat pour la laïcité, pas le celui des islamophobes. Je ne pourrais d’ailleurs jamais comprendre ce terme de la bouche d’un laïc (mais pas dans celle d’un extrémiste chrétien, juif et/ou d’un racialiste), tant il me semble nier ce que sont par essence toutes les religions : « L’intégrisme n’est pas que le privilège de l’Islam. Le pire n’est pas réservé au Soudan, à l’Arabie Saoudite ou à l’Iran. » La démocratie et la raison sont un combat permanent, seuls des facteurs historiques, sociaux, etc... font qu’à telle période, en fonction des avancées des luttes émancipatrices, certains peuples arrivent à s’extraire du joug totalisant des systèmes religieux, tels qu’ils soient. Leur pouvoir n’est que le reflet d’un rapport de force fluctuant. Quelle religion (monothéiste), si elle en a la possibilité, ne s’oppose pas à la laïcité ?

Il faut condamner les actes barbares commis au nom de la religion, et ceux que réalise l’islam. Il ne faut pas réduire l’islam à cela et en faire « la mauvaise religion ». C’est comme ça qu’elle est perçue aujourd’hui par de nombreux catholiques (et une majorité des français) qui valorisent et mettent en scène leur religion par opposition à cet « autre » barbare. De la même façon, certains actes barbares (prétendument ou pas) commis par les africains ou sud-américains (guerres, cannibalisme, sacrifices rituels, ...) savamment mis en scène ont justifié l’exploitation « civilisatrice » coloniale. Des actes horribles sont commis dans certains pays au nom de l’islam, soit, mais en France l’immense majorité des musulmans les condamnent, comme l’immense majorité des croyants, quelle que soit leur obédience. Cette sur-représentativité de la barbarie islamique ne peut que pousser les musulmans dans des postures défensives : Face à la stigmatisation et à la discrimination, on défend « les siens », on se replie sur sa communauté (celle à laquelle on est assigné), voir on en excuse les dérives...

Mettre de fait les jeunes issus de l’immigration maghrébine devant le choix d’être musulmans et d’apparaître alors comme des extrémistes ou ne pas croire est de fait problématique : Je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de les amener à se détacher de la religion. Au contraire.

Le seul discours « islamophobe » (qui critique uniquement l’islam, sans parler des autres religions) à mes yeux tolérable est celui de ceux qui, de « culture musulmane » se revendiquent laïcs et invitent les musulmans à se détacher de la religion. Il faut toujours faire attention à « d’où l’on parle ».

Les autres laïcs ne devraient pas se prévaloir de telles appellations, jusque récemment uniquement audibles dans les bouches avinées des partisans du « bloc identitaire », d’Occidentalis et du Front National.

Article d’origine : Microbidule

[1] Fourest, Venner, Tirs croisés : La laïcité à l’épreuve ds intégrismes juif, chrétien et musulman, Calmann-Lévy, 2003

[2] Gouteux J-P, La foi, une histoire culturelle du mal : En danger de croire, L’Harmattan, 1998

[3] Oudin, B., La foi qui tue, Robert Laffont, 1980

Publié le samedi 3 décembre 2005
Mise à jour le samedi 3 décembre 2005

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